Quels sont les profils de conduite et génétiques des élevages bovins lait et bovins viande les plus faibles émetteurs de méthane entérique selon les audits CAP’2ER® ?

    • Bovin lait
    • Bovin viande

    Dans le cadre du projet Méthane 2030, le Lot 6 a pour but de quantifier les émissions de méthane entérique de différents systèmes et d’évaluer la combinaison des leviers d’atténuation. La toute première action vise à quantifier les émissions de méthane entérique prédites pour les deux filières, laitière et allaitante, et à étudier les relations entre les performances zootechniques, la conduite des élevages et les niveaux génétiques avec ces émissions prédites de méthane entérique. L’objectif est de caractériser, sur les plans génétique et zootechnique, les élevages les moins émetteurs et les plus efficients.

    Pour ce faire, le travail s’est appuyé sur les résultats des diagnostics CAP2’ER® de niveau 2, c’est-à-dire un diagnostic à l’échelle de l’exploitation avec les différents ateliers qui la composent, réalisés entre 2018 et 2023. Ces diagnostics permettent de calculer des prédictions d’émissions de gaz à effet de serre basées sur le Potentiel de Réchauffement Global (PRG) à 100 ans publié par le GIEC et qui est propre à chaque gaz, mais aussi la prédiction de méthane entérique basée sur les équations de Sauvant et Nozières. Ces deux dernières équations tiennent compte de certaines données techniques telles que le niveau d’ingestion, la part de concentrés dans la ration, la digestibilité de la ration et l’ajout de lipides ou d’acides gras dans la ration. De plus, des données de description du système et des pratiques de l’éleveur sont aussi recueillies lors du diagnostic. Pour l’analyse dont les résultats sont présentés par la suite, seuls les troupeaux adhérents au contrôle de performance lait ou viande ont été conservés, afin de disposer des données zootechniques et génétiques. La méthodologie suivie est illustrée ci-dessous.

     

    La caractérisation des systèmes a été élaborée à partir :

    • du plan d’alimentation et de la région pour la filière laitière,
    • de la spécialisation de l’atelier viande pour les élevages allaitants.

    L’élaboration des profils d’éleveurs a été réalisée pour les 3 principales races de chaque filière : Prim’Holstein, Montbéliarde et Normande en laitier et Charolaise, Limousine et Blonde d’Aquitaine en allaitant, segmentées par type d’atelier pour la filière allaitante. Les comparaisons des systèmes mais aussi des performances zootechniques avec les émissions de méthane entérique prédites ont été établies sur deux unités de mesure du méthane entérique, l’une en kg eq. CO2 par kg de produit (lait ou viande vive), et l’autre kg eq. CO2 par UGB (bovins lait ou viande).

    Cette analyse a permis de mettre en évidence des liens entre profil d’élevage et émissions de méthane entérique inversés selon l’unité considérée. Sur la population globale et pour les deux filières étudiées, plus le troupeau est productif, plus les émissions de méthane par quantité de produit sont faibles. A contrario, sur l’unité de mesure par UGB, plus le troupeau est productif, plus les émissions de méthane sont élevées. De plus, les deux unités d’émission sont négativement corrélées, ce qui signifie que globalement, elles n’évoluent pas dans le même sens. Ces différences observées entre unités d’émission de méthane entérique prédite ont conduit à rechercher et étudier les troupeaux émettant peu de méthane selon les 2 unités.

    En bovins laitiers, 1% des troupeaux ressortent comme faiblement émetteurs sur les deux unités (par kg de lait et par UGB). Dans cet échantillon de troupeaux faiblement émetteurs, la race Prim’Holstein est légèrement sur-représentée. Elle représente 71% de l’échantillon, contre une représentation de 64% de la population initiale étudiée. Ces troupeaux sont caractérisés par une bonne productivité et un fort renouvellement (taux de renouvellement et réforme respectivement plus élevés de 2 points par rapport à la moyenne). Le niveau génétique est également meilleur que la totalité de l’échantillon (gain de 6 pts d’ISU par rapport à la moyenne, ce qui équivaut à 0,3 écart-type d’index, alors que le niveau génétique sur le lait est quasi équivalent, l’écart étant de 3kg avec la moyenne). Pour la filière allaitante, 10% des élevages de l’échantillon sont considérés comme faiblement émetteurs sur les deux unités (par kg de produit brut de viande vive et par UGB). Ils se caractérisent là aussi par une productivité animale plus élevée que la moyenne avec une bonne maîtrise de la reproduction. Ils gagnent 6 jours d’IVV par rapport à la population totale et l’âge moyen de mise à la reproduction est de 30 mois contre 34 mois en moyenne.

    Pour compléter cette analyse, les troupeaux à niveau de production ou effectifs constants pourraient être comparés en termes d’émissions, mais aussi de conduite et niveaux génétiques. De plus, seul le méthane entérique a été étudié dans ces travaux. Il serait donc pertinent d’étudier les émissions de gaz à effet de serre dans leur globalité pour ces troupeaux, ainsi que le dioxyde de carbone ou encore le protoxyde d’azote, autres gaz émis par l’élevage.

    Contacts : Manon Guillerm (Idele) et Amandine Launay (Idele)
    Responsable du lot : Benoît Rouillé (Idele)

    Fichier.s joint.s